Cela revient sans cesse dans différentes formes de relations.
Entre parents et enfants, puis plus tard entre enfants devenus adultes et leurs parents.
Dans les couples.
Dans les relations entre humains et animaux.
Et parfois même dans le monde animal, lorsque l’animal se sent lui-même responsable de l’humain.
Nous voulons protéger ce que nous aimons.
Mais souvent, la protection se transforme progressivement en contrôle.
Les « parents hélicoptères » en sont un exemple connu.
Mais ils sont loin d’être les seuls.
Une forme de contrôle invisible
Le contrôle n’est pas toujours visible ou direct.
Souvent, il est subtil, déguisé en bienveillance, en aide ou en amour.
Aujourd’hui, nous sommes plus sensibles aux comportements intrusifs.
Lorsqu’ils sont évidents, nous les reconnaissons facilement.
Mais le plus difficile à percevoir est ailleurs :
les comportements socialement acceptés.
Ceux qui sont « bien intentionnés ».
« Je veux seulement t’aider. »
« Je fais ça pour ton bien. »
« Je veux te protéger. »
Quand la protection naît de la peur
Derrière cet élan se cache souvent autre chose : la peur.
La peur qu’il arrive quelque chose.
La peur de perdre le contrôle.
La peur de ne pas être assez compétent si l’on n’intervient pas.
Et ainsi se met en place un mécanisme intérieur :
si je veux protéger, alors je dois contrôler.
Cela vaut pour les petites comme pour les grandes situations :
- L’enfant qui ne doit pas traverser la route au feu rouge
- Le chien qui ne doit pas courir après un cycliste
- Le cheval qui ne doit pas partir en fuite
- L’être humain qui « ne devrait pas prendre de risques »
Beaucoup de ces situations sont légitimes.
Mais c’est précisément là que commence la zone grise.
Protection et infantilisation
Entre protection et infantilisation, la frontière est mince.
Car dans le contrôle, il y a toujours une hiérarchie :
Qui décide de ce qui est juste ?
Qui définit ce qui est sûr ?
Les exemples précédents sont volontairement classés du plus « petit » au plus « grand » — non pas pour juger, mais pour rendre visible un schéma.
Des images que nous avons normalisées
Une image me vient :
l’affiche du film Autant en emporte le vent (1939), avec Vivien Leigh et Clark Gable.
Lui grand, fort, protecteur.
Elle petite, dépendante, vulnérable.
Ces représentations sont profondément ancrées dans notre culture.
Les femmes ont souvent été placées dans des rôles où elles semblent incapables de survivre sans protection.
Et les hommes dans le rôle du sauveur et du protecteur.
Mais parfois, une question se pose :
est-ce vraiment de la protection — ou une forme de contrôle qui enferme les deux ?
Une scène du quotidien
Hier au supermarché.
Une jeune famille devant le rayon des chips.
Lui semble en forme, présent, dans le contrôle de la situation.
Elle paraît fatiguée, avec l’enfant dans le caddie.
Il lui demande quels chips elle veut.
Elle répond doucement : « barbecue ».
Il dit :
« Très bon choix. Tu as tout de suite choisi les bons chips. »
Elle réagit à peine. Son regard semble vide.
Je connais ce regard.
Chez des personnes dans des relations.
Chez des animaux.
Chez des êtres qui ont cessé de s’exprimer.
Non pas parce qu’ils ne ressentent plus rien.
Mais parce qu’ils ont appris que cela ne sert à rien.
Le contrôle dans le monde animal
Nous voulons protéger un chien errant — et nous l’enfermons.
Nous voulons protéger un cheval — et nous le mettons en box.
Nous contrôlons ses mouvements, son alimentation et ses interactions sociales.
L’animal devient dépendant de ce que nous considérons comme juste.
Et nous appelons cela de la coopération.
Mais une vraie coopération est volontaire.
Ce qui est forcé est autre chose.
Lorsqu’un animal ne peut pas partir, son « consentement » est souvent une adaptation.
Ou une résignation.
Ou l’évitement de la douleur.
Quand la protection devient pouvoir
L’envie de contrôler naît rarement de la malveillance.
Elle naît de la peur de perdre le contrôle.
Et si le chien part ?
Et si le cheval refuse ?
Et si l’autre humain se retire ?
Dans les relations aussi, cela apparaît clairement :
lorsque la contrainte ou la violence deviennent nécessaires pour imposer sa volonté, on n’est plus dans la relation ou la confiance.
Le regard intérieur
Souvent, il ne s’agit pas seulement de l’autre.
Mais aussi de nous-mêmes.
Du besoin de ne pas être perçu comme quelqu’un de « mauvais ».
De la pression intérieure de tout maîtriser.
De la peur du jugement, de l’échec ou du chaos.
La protection n’est pas mauvaise — mais pas à tout prix
La protection peut être nécessaire et juste.
Mais toutes les formes de protection ne sont pas exemptes de contrôle.
Et tout contrôle ne sert pas réellement le bien de l’autre.
Les deux ont leurs zones d’ombre.
Une invitation à la réflexion
La prochaine fois que l’envie de protéger ou d’intervenir apparaît, il peut être utile de se demander :
Est-ce une perception réelle d’un danger ?
Ou est-ce de la peur, une conditionnement, une habitude ou l’ego ?
Y a-t-il réellement un danger ici ?
Ou est-ce surtout mon propre besoin de sécurité qui s’exprime ?
Lâcher prise comme possibilité
Parfois, protéger est essentiel.
Et parfois, ce qu’il y a de plus juste à faire est de lâcher prise.
Lâcher le contrôle.
Lâcher la peur.
Lâcher l’illusion de tout maîtriser.
Autant en emporte le vent (1939), avec Vivien Leigh et Clark Gable
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